Nathalie Boy de la Tour, Présidente de la Ligue de Football profesionnelle déclarait à l’occasion d’une conférence sur le thème de la RSE dans le monde du football, organisée par News Tank Football, en février 2020, que la RSE faisait « partie intégrante de l’ADN du football ».

Si l’aspect éminemment social de ce sport vient appuyer ces propos, l’aspect environnemental a longtemps peiné à être pris en compte, notamment du fait du fort impact carbone inhérent à la pratique : déplacements tous les 3 jours, entretient des stades, terrains d’entrainements et pelouses.

Toutefois, plus qu’une simple préoccupation, il s’agit aujourd’hui pour les clubs d’une réelle nécessité inhérente à leur développement économique.

En effet, selon une étude du sustainability report « 83% des fans se soucient aujourd’hui de l’impact de leur club sur l’environnement ».

En outre, les annonceurs et sponsors accordent de plus en plus d’importance à l’image environnementale et sociale renvoyée par les clubs et leurs joueurs, on peut notamment citer les récentes prises de position d’Antoine Griezmann ou encore de Megan Rapinoe, pour ne citer qu’eux.

C’est à ce titre que la ligue de football professionnelle mets en place de plus en plus d’actions, dont Nathalie Boy de la Tour a tenu a souligner la réussite.

On a recensé en 2020 trois mille actions caritatives et 72 millions d’euros - soit 4% du chiffre d’affaires de la ligue - reversés à des associations.

Cela n’a pas empêché la présidente de dresser un constat lucide sur la nécessité d’amélioration de la démarche en matière environnementale passant, notamment, par la fixation d’indicateurs de performance pour mesurer l’impact des politiques en la matière.

A l’échelle du championnat de Ligue 1, les choses s’accélèrent, l’Olympique Lyonnais a par exemple été le premier club français à s’engager dans la démarche de labellisation Fair Play For Football.

L’objectif de la manoeuvre est que plusieurs experts mènent un audit sur la politique environnementale du club en ciblant points forts et points faibles de cette dernière.

On peut également citer la volonté de l’As Saint Etienne, rival historique du club Lyonnais, d’instituer la RSE comme politique centrale du développement du club ou encore la création de nombreuses fondations chez les figures de proue du championnat français (Olympique de Marseille, Paris Saint Germain).

D’autres clubs comme l’OGC Nice ou le Toulouse Football Club ont pour leur part fait le pari de soutenir des associations locales.

On peut enfin noter des initiatives inhérentes à la gestion des stades comme la volonté d’arriver à un objectif zéro déchet dans les stades à Amiens ou encore la rénovation énergétique totale du stade de la Meinau par le Racing Club de Strasbourg.

En matière de football néanmoins, l’herbe est toujours plus verte ailleurs (surtout si Jonathan Calderwood se charge de son entretient).

On peut à ce titre saluer la démarche de nos voisins liégeois qui ont pour objectif de faire du Standard de Liège le premier club Eco-responsable de Belgique d’ici 2025.

Dans un entretient accordé à Ecofoot, Charles Caillot et Quentin Gilbert, respectivement CSR & Marketing Project Officer et Strategy Officer, en charge de la politique RSE du club, ont ciblé les dysfonctionnements du passé - majoritairement liés à des actions spontanées et peu structurées - en dressant clairement les objectifs à suivre pour coordonner une politique globale en la matière.

C’est à l’aube de la saison 2018-2019 qu’une réflexion en la matière a été mise en place avec notamment la commande annuelle du bilan carbone du club ainsi que la mise en place d’une fondation satellite au club dotée d’un conseil d’administration.

Le choix stratégique du club a été d’opter pour le système dit des « 4P » : People, Profit, Planet, Performance. Choix conforté par un quorum de supporters.

Pour un club de football toutefois, comme l’ont souligné Messieurs Caillot et Gilbert, il est impossible de répondre aux 17 objectifs fixés par les nations Unies en matière de développement durable, le club liégeois a donc décidé d’en regrouper le maximum au travers de grands axes stratégiques.

- La création d'un stade Eco responsable et qui adopte une démarche sociale en mettant en place des actions de recyclage de déchets, en améliorant l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite et malvoyantes.

- Un objectif de neutralité carbone, en réduisant les déchets et en optant pour une restauration locale et durable au stade ou pour les joueurs.

- Une augmentation de la visibilité par le marketing des actions environnementales

- Le tissage de liens avec le tissu associatif et local dans l’agglomération par le biais d’actions RSE pour augmenter la visibilité du club.

Si ces initiatives sont une bonne nouvelle pour le football en général, elles ne doivent pas occulter l’immense retard pris par le sport en général en matière de politique RSE. C’est un constat qui a été dressé par Raphaël Ostré, Amplification Senior Manager & Sales de l’entreprise 17 Sport : « le sport a aujourd’hui 5 à 10 ans de retard sur certains secteurs en matière d’adoption de stratégie purpose ».

Toutefois, comme le souligne Antoine Miche, Président de football écologie France, la pandémie de COVID a rabattu les cartes sur le sujet : « le football doit se réinventer et la RSE est le meilleur moteur pour ».

Réelle perspective d’avenir quand on sait que l’on dit du football qu’il est le troisième lieu d’éducation après la famille et l’école.

Affaire à suivre.