Orange, Vodafone, Telecom Italia, Deutsche Telecom, Telefonica, Telenor, Telia et A1 Telekom Austria ont annoncé le 25 mars dernier une collaboration pour le moins surprenante avec les instituts de santé nationaux avec un objectif très simple : canaliser l'épidémie en anticipant les mouvements de la population.

La commission européenne, consciente du choc que représente cette annonce, et notamment au regard du droit de l'Union européenne, assure que les données seront d'une part anonymes, agrégées en grande masse mais par dessus tout détruites à l'issue de l'épidémie. Elle précise également avoir respecté les différentes législations des nations concernées ( Allemagne, France, Autriche et Italie ) après s'être appuyé sur les conseils du Contrôleur Européen de la protection des données.

En France notamment, la décision inquiète. La veille de cette annonce d'envergure continentale, l'Elysée avait déjà affirmé réfléchir à une "stratégie numérique d'identification des personnes ayant été au contact d'infectés".

Cette mesure, aussi imprécise soit elle, semble pourtant suivre les traces du modèle asiatique. En effet, un grand nombre de pays eux aussi touchés par le virus ont pleinement assumé leur stratégie de traçage :
- à Taiwan, des smartphones sont utilisés pour surveiller les personnes en quarantaine
- en Chine, foyer de l'épidémie, les autorités ont coopéré avec de grands groupes internet et ont développé un algorithme afin d'identifier les individus ayant été dans des zones à risque
- en Corée du Sud, ou le virus semble être bien mieux contenu, un bornage téléphonique est effectué et est complété par un contrôle des terminaux bancaires
- enfin, à Singapour, des cartes interactives indiquant l'adresse, l'âge et le sexe des personnes contaminées ont été mises en ligne

Une seule question reste alors sur nos lèvres, en cette période de doute et d'angoisse : à quel point sommes-nous prêts à sacrifier nos libertés individuelles, pour le bien de tous ? La santé et la sécurité prime-t-elle sur les principes fondateurs de nos nations ? Et si tel est le cas, quel avenir peut-on imaginer pour ce qui était auparavant appelée "le droit à l'intimité et à la vie privée" ?