Suite aux deux précédentes canicules, le bilan 2019 de l’hydroélectricité française ne s’annonce pas prodigieux.
La production d’hydroélectricité d’EDF aurait baissé de 31,6% par rapport à celle du premier semestre de l’année passée selon Yves Giraud, directeur de la Division Hydraulique chez EDF.

Sécheresses, vagues de chaleur, changements de régime des précipitations sont l'une des principales conséquences du réchauffement qui frappent et frapperont plus encore le territoire français.

Disposant de 70 ans de relevés de températures et de pluviométrie, l’ex-opérateur historique rappelle que les conséquences du dérèglement climatique ne frappent jamais tous les bassins hydrographiques à la fois. «L’an passé a été une très bonne année, sauf pour le bassin du Rhin. A contrario, le premier semestre 2019 a été très sec pour beaucoup de bassins hydrographiques, alors que nos centrales rhénanes ont beaucoup produit», poursuit le directeur d’EDF Hydro.

A la mémoire météorologique s’ajoute la connaissance de la dynamique de l’eau de chaque bassin. Le réseau de nivomètres d’EDF a permis de calculer le volume d’eau stocké dans les montagnes. La prévision de l’évolution des températures de l’air permet de préciser les périodes de fonte de la neige et les volumes d’eau qui en découleront. Cette évaluation est nécessaire, car elle est nécessaire au calcul de volume des lacs de barrage avant la fonte pour pouvoir accueillir l’eau des montagnes.

Aux yeux d’EDF, l’hydroélectricité reste une énergie renouvelable d’avenir. L’électricien achève d’ailleurs la construction de sa centrale souterraine de Romanche-Gavet (92 MW) sous le massif de Belledone (Isère). Le but serait de concrétiser ses imposants projets de station de transfert d’énergie par pompage (Step) de la Truyère (Aveyron) et de Redenat (Corrèze): deux installations de 1 GW de capacité chacune. De quoi compenser la fermeture (annoncée) de deux réacteurs nucléaires de première génération.

RETOUR AUX CONCESSIONS

Constructif: EDF avance deux idées. La première serait d’étendre le champ d’application de la concession hydroélectrique à l’ensemble du bassin ou du sous-bassin hydraulique. Ne serait-ce que pour tenir compte de l’ensemble des usages de l’eau, énergétiques, urbains, touristiques, industriels.

Autre proposition: rémunérer EDF pour sa gestion de l’eau. «Auparavant, EDF en situation de monopole finançait la gestion des eaux pour tous par les tarifs réglementés. Aujourd’hui, avec les changements climatiques et les tensions qu’ils provoqueront sur l’eau et la mise en concurrence sur les marchés de l’électricité, cette situation n’est plus tenable. Il faut inventer une nouvelle forme de rémunération d’EDF pour son travail de gestion de l’eau», estime Yves Giraud.

S’ils ne changeront probablement pas le métier des exploitants de barrages ou de centrales au fil de l’eau hexagonales, les changements climatiques sont bien partis pour complexifier un peu plus la problématique des concessions hydroélectriques. Une conséquence du réchauffement que n’avait pas anticipée les auteurs des rapports du GIEC (Groupe d'exeperts intergouvernemental sur l'évolution du climat).